Les chiffres, c'est chic!*

J'ai écris cet article il y a bientôt deux ans. Aujourd'hui j'ai décidé de lui donné un petit coup de jeune avec une mise à jour car il y toujours d'actualité comme beaucoup de réflexion humeur sur ce blog. Je crois qu'il ne se passe pas une semaine sans que je vois quelqu'un se plaindre de ces statistiques ou alors qu'il ne les regarde car ce n'est pas bien. Mais à propos des chiffres et du bloguing, ce ne sont pas les seules choses que j'entends systématiquement. Il y a une phrase parmi toutes les phrases prononcées qui m'énerve plus que les autres, et qui sera donc le sujet du jour.. Je vous dévoile le sujet du jour - une phrase que je déteste à propos du bloguing : 

Nan mais moi j’ai un bébé blog, je ne fais pas ça pour les statistiques



Il y a un an, j'écrivais ceci : alors même si c’est plutôt le moment du planter de bâton, quoique la neige se fasse encore attendre, nous allons plutôt planter le décor. Mi-janvier, j’ouvre Blogger et là bim bam comme d’habitude avec cette interface, on arrive sur la page statistiques, et je vois que le blog a dépassé les 400 000 vues. Dans un élan égocentré de joie, je partage cette nouvelle sur Twitter. Franchement, c’est vraiment cool de voir son blog progresser et puis aussi de recevoir des félicitations. On en a tous besoin, c’est normal, car auto-évaluer son blog est quelque chose de très difficile. On a besoin des autres, de leurs impressions, de leur soutien. Suite au partage de ma bonne nouvelle, il y a eu plusieurs types de réactions :
  • Beaucoup de messages de félicitations, de discussions à propos de ce que les uns et les autres aimaient sur le blog ;
  • Une pointe d’envie ; c’est vrai que les chiffres, les gros, ça fait toujours rêver.
  • Et la phrase que je déteste le plus : « nan mais moi j’ai un bébé blog, je ne fais pas ça pour les statistiques »



Qu'est-ce qui a changé depuis?
Mon blog a encore bien grandi, le million de vue a été atteint avant le 3ème anniversaire. Je consulte toujours mes statistiques car vous le savez peut-être j'adore les chiffres, c'est une partie de mon métier et j'adore analyser ça. Par contre, je vois encore et toujours cette phrase que je déteste tant partout les réseaux sociaux. Si le bloguing a évolué, s'est professionnalisé, s'est marketé, cette phrase est toujours présente. Et moi je la déteste toujours autant, cela prouve que les mentalités n'ont pas évolué en même temps que le bloguing et que les blogueurs ne comprennent toujours pas ce qui se cache derrière les chiffres.

Et il n’y aura pas assez d’un article pour vous expliquer pourquoi je déteste, mais déteste cette phrase. D’ailleurs, je l’ai fait savoir dans la foulée sur Twitter. Soyons clair quelques instants avant de râler, je ne suis en rien énervée contre la personne qui a écrit cette phrase, mais uniquement par le sens que revêtent ces mots. En plus, je suis consciente qu’en 140 caractères, il est difficile de bien transmettre son message, sa pensée. C’est donc au sens même de la phrase que je vais m’attacher dans cet article.


Pourquoi cette phrase m’énerve ? 
Pour un tas de raison en fait. Ce n’est pas la première fois que je la rencontre et elle m’irrite toujours autant. Bien souvent, on la trouve dans des articles sur les statistiques de blog, soit en commentaire d’articles qui expliquent comment lire les chiffres, soit dans le corps du texte d’articles de blogueurs disant tout l’intérêt de ne pas regarder ses statistiques. Oui, en matière de statistiques, il y a deux écoles bien tranchées, noire ou blanches, sans juste milieu. Et c’est ce qui m’énerve dans tout ça. Je vous en ai déjà parlé sur mon blog, sur lequel on ne compte plus les articles à propos de la désacralisation des statistiques. Je comprends les statistiques, car j’en ai besoin dans mon métier, pourtant très éloigné du monde du blogging. Et c’est là la première erreur de beaucoup de blogueurs, vous ne comprenez pas ce que ces chiffres vous expliquent et donc ce qu’ils peuvent vous apporter. Vous donnez des statistiques, mais c’est comme donner un pavé littéraire à un gamin de trois ans : il n'en fera rien, car il ne sait pas lire, c’est pareil pour la plupart des blogueurs et leurs chiffres !

 

Un bébé blog, ça veut dire quoi ?

Bon revenons à notre fameuse phrase DÉTESTÉE, et commençons par le début : « moi, j’ai un bébé blog ». Ok, très bien. Quelqu’un peut-il m’expliquer ce que cela signifie ? Avoir un bébé blog, est-ce un blog récent, de moins d’un an, six mois, trois mois ou un mois ? Ou alors est-ce avoir un blog « pas très populaire », avec soit peu de lecteurs ou peu de commentaires, soit peu suivi sur les réseaux sociaux ou alors tout combiné ? Un bébé blog, cela doit-il se comprendre par la durée ou la popularité ? Hum, est-ce qu’on peut m’apporter un éclairage là-dessus ?


Alors en ce qui concerne mon blog, cela fait plus de trois ans qu’il existe, donc sur le plan de la durée, je ne me considère plus comme un bébé blog. Oui pour moi la majorité d’un blog, c’est un an. Si vous avez déjà tenu un an, c’est déjà très bien, vous êtes grand maintenant. Sachez que plus de la moitié des nouveaux blogs créés s’arrêteront avant la première année, c’est donc un passage important.
  
Concernant les suivis sur les réseaux sociaux, je ne suis pas très suivie. Enfin, je dis ça par rapport aux stars de chaque réseau social en question. Mais pour moi, c’est déjà énorme d’approcher les 2500 followers sur Twitter ou les 1550 abonnés sur Instagram. Je continue mon développement et on y reviendra plus tard.
 
Pour le nombre de vues par mois, le seul chiffre que tous les blogueurs savent lire et sur lequel ils se focalisent trop, je n’ai à rougir de personne avec mes 40 000 à 50 000 vues par mois. Ne commencez pas à faire une comparaison avec vos chiffres, car elle serait faussée pour la simple et bonne raison que nous ne bloguons pas de la même façon (durée, fréquence des publications, référencement, sujets abordés, communauté sont autant de différences entre vous et moi qui peuvent expliquer votre erreur d’appréciation). On ne peut pas comparer les blogueurs entre eux, car on ne peut pas comparer l’incomparable, il y a des paramètres subjectifs et affectifs qui ne peuvent pas vraiment rentrer dans les critères objectifs des chiffres.
 
Il existe autant de cas statistiques que de blogueurs, vous ne pouvez pas savoir si un blog est lu ou non en fonction du nombre de commentaires ou d’abonnés sur les réseaux sociaux. Vous ne pouvez pas savoir si c’est un « grand » blog en fonction de ça aussi. Certains sont très suivis sur un réseau, mais pas sur les autres, et puis êtes-vous sûrs que les ponts se font bien entre réseaux sociaux et le blog ? Avoir 40 000 followers Instagram ne veut pas dire avoir 40 000 lecteurs par article. Et enfin, vous ne pouvez pas non plus baser l’engagement de la communauté des blogueurs par rapport aux chiffres que vous voyez. Il y a un potentiel plus grand si le nombre est élevé, mais combien répondent, partagent, cliquent, retweetent vraiment ? C'est un petit pourcentage par rapport au nombre de suiveurs.

L'engagement n'est pas réservé aux stars du bloguing. Les blogs que vous considérez comme petit selon votre raisonnement (chiffres sur les réseaux sociaux, commentaires, complexe de votre part, ...) peuvent avoir un engagement tout autant fort que les blogueurs aux communautés des milliers d'abonnés. 
 
Du coup, vous voyez, il est extrêmement difficile de dire ce qu’est un blog bébé. C’est surtout un ressenti de la part d’une personne par rapport à ce qu’elle fait, à ce qu’elle produit. Mais les autres autour d’elle peuvent avoir un ressenti différent. Dans l’histoire, personne n’a raison ou tort, chacun évalue la situation en fonction de ce qu’il connaît (souvent son propre blog) et de son ressenti. Peu importe le niveau où l’on se trouve, il y aura toujours des personnes pour nous impressionner, des personnes que l’on prendra pour référents. Il y a toujours plus petits et plus grands que soi, mais on peut aussi l’être pour quelqu’un d’autre.

Les statistiques, c’est tabou ! On en viendra tous à bout …

Tout ça nous amène à un point très précis des statistiques : la plupart de ces chiffres ne veulent rien dire si vous n’avez pas de point de comparaison, mais toutes les comparaisons ne sont pas bonnes à faire comme nous l’avons vu. Même si je me compare aux blogueurs qui ont commencé à la même période que moi, on n'aura jamais les mêmes chiffres, la même perception de nous-même ou encore la même relation avec l’extérieur.

C’est là qu’on en arrive à la seconde partie de la phrase DÉTESTÉE – oui, vous allez bien imprégner que je déteste cette phrase : « je ne blogue pas pour les statistiques ». En restant gentille, j’ai toujours envie de répondre « ah bon parce moi je ne vis que pour ça » - dans ma tête, j’ai une version bien plus fleurie tant je trouve la phrase pleine d'incohérences –aussi je reste encore gentille dans mes mots.
 
Il y a pour moi dans cette phrase énormément d’hypocrisie de la part des blogueurs qui encore une fois pensent à l’image de pseudo-perfection.
Surtout que finalement, cette fameuse phrase est arrivée juste après des félicitations pour mes 400 000 vues, donc en moins d’une minute, on est passé de « Bravo pour ce chiffre » à « Non mais les statistiques, c’est le mal »

Il y a cette fausse image sur la blogosphère essentiellement féminine que le BLOGUEUR PARFAIT ne doit jamais lire ses statistiques, qu’il se fout des chiffres pour n’être qu’amour et partage. Bref, le blogging c’est vivre de partages et d’eau fraîche et non de produits gratuits ou de statistiques.

Mais ce ne sont que des raccourcis trop rapides. Déjà, les blogueurs parfaits n'existent pas, comme je l’ai dit dans un article, ce sont nous lecteurs, blogueurs, ou les deux, qui projetons une image de perfection sur les autres, ceux dont la réussite, le blog ou le style nous font rêver. Ce sont nos propres envies qui transcrivent des images de pseudo-perfection en occultant bien souvent le travail, les compétences et l’énergie passée.

Il y a cette idée que les statistiques seraient le contraire du partage et de la sincérité sur la blogosphère. Mais à ce que je sache, quand je prends un dictionnaire, je ne trouve pas ces deux mots comme antonymes à statistiques. D’où vient cette drôle d’idée que si on regarde ces chiffres, on se transforme en monstre de cupidité ? Je ne m’y ferai jamais, je crois !
Alors non, dire « ah, mais moi, je ne fais pas ça pour les statistiques ! », ne veut rien dire et surtout pas « JE SUIS UN BON BLOGUEUR », remballez ce discours pré-mâché, pré-fabriqué de blogueur qui cherche à se déculpabiliser de regarder ses statistiques. Et puis déjà les statistiques ne sont pas un mal, ce sont des indicateurs. Ce sont les blogueurs qui ne savent les lire qui les diabolisent.
  
Peu importe votre niveau, vous aurez un jour ou l’autre envie de savoir si vous êtes lus ou alors vous en aurez besoin. C’est sûr à un certain niveau de blogging, vous vous en foutez plus facilement car vous savez que vous avez un socle de lecteurs. C’est donc plus facile de ne pas regarder les statistiques. Mais si vous voulez savoir si la direction que vous prenez ou si votre dernière idée fonctionne, il faudra soit interroger directement vos lecteurs, soit passer par la case interprétation des chiffres. Votre blog, cet endroit de partage, n’est pas en sens unique. Oui, vous partagez, mais vous avez aussi besoin de savoir ce qu’il en est par rapport aux lecteurs. Ah ah, alors le blogueur parfait qui ne fait ça que pour le partage aurait-il la volonté cachée d’être quand même un peu regardé, un peu lu ? Et cela, ce n’est pas grave, bien sûr qu’on crée un blog pour soi, mais il y a également cet autre aspect : on le crée aussi pour être lu.
 
L’erreur trop souvent commise en fait est de faire une course aux nombres, comme nous l’avons vu plus haut, mais un gros nombre ne vous apporte aucune assurance de lecteurs. Ensuite, il y a l’erreur d’orienter son blog parce qu’un jour, un type d’article a bien fonctionné. Cherchez d’abord les raisons de ce succès : partage sur les réseaux sociaux, mise en avant de l’article quelque part, le sujet abordé, un actualité extérieure... avant de prendre la décision de changer la thématique de votre blog. C’est là que le côté stratégique prend le dessus. C’est vous qui décidez tout seul d’être stratégique, de ne plus être dans « ce partage » que vous aimez tant, que vous prônez tant. Il ne faut pas tout confondre et rendre les statistiques, qui sont de simples chiffres, responsables de vos propres décisions.
Surtout que je vais vous donner le secret des gens qui savent lire les statistiques, ils savent bien qu’on peut faire dire tout ce qu’on veut aux chiffres. Il est très facile de jouer avec les chiffres en ne communiquant que sur ce qui peut impressionner, intéresser. Allez pour mon blog, il fallait mieux que je dise « hé, je viens d’attendre les 400 000 vues » que « hé mon article d’hier a été lu 98 fois ». Rien qu’avec ces deux phrases, vous avez une double impression sur mon blog. Alors bébé blog ou pas ?

Petit ou grand par rapport à qui, à quoi ?

En fait, la question est surtout : petit ou grand blog par rapport à quoi ? Moi, j’ai partagé ce chiffre, celui des 400 000, car numériquement, il est gros. C’est vrai, il y a toujours des paliers qui nous motivent dans le blogging. En terme de chiffres ou de dates, il y a la première vue, puis les 10, les 100, les 1000, les 10 000, les 50 000, les 100 000, les 500 000, le million, puis les 1000 vues sur un mois, les 10 000 vues sur un mois. Mais il y aussi le premier commentaire, le premier partage, les un mois du blog, les six mois, le premier anniversaire, le deuxième Bref, il y a les premières fois et les chiffres ronds que l’on considère très vite comme des paliers, des étapes qui font toujours plaisir quand on les franchit. Et à juste titre, c’est toujours gratifiant et motivant de voir son blog évoluer, grandir numériquement. Mais voilà, ça reste des chiffres qui ne veulent pas dire grand-chose.

Plus il y a de zéros, plus c’est impressionnant, ça c’est sûr. Enfin, cela dépend de la personne qui va regarder ça. De mon point de vue, je suis vraiment contente de mon blog, je commence à être de plus en plus fière de lui et à l’assumer de plus en plus. Fini l’étape de je reste confidentielle même pour ma famille ou mes amis, j’adore ce que ce j’ai construit, les sujets que j’aborde, alors je n’ai pas à m’en cacher. Surtout qu’en en parlant, c’est plutôt là que les gens se rendent compte de ce que représente le blogging, avant ils en ont une image trop stéréotypée et déformée par la télévision.

Du point de vue des autres blogueurs, mes 400 000 peuvent représenter quelque chose d’immense ou alors de ridicule. Je connais des blogueurs qui à l’approche de leur deuxième année de blogging était plus proche du million, ou à l’inverse d’autres qui sont à l’aube du palier des 100 000 vues. La situation est vraiment différente pour chaque blogueur, cela dépend de beaucoup de facteurs supplémentaires, périodicité de publication, type de blog, présence sur les réseaux sociaux, engagement de la communauté, référencement Un chiffre reste un chiffre, la différence vient de votre perception de celui-ci par rapport à votre propre expérience.

Un autre jour ou l’autre, vous aussi vous aurez les 400 000 (et même le million), en plus ou moins de temps, pour diverses raisons, mais ce n’est pas quelque chose d’impossible ou d’intéressé. Ce n’est même pas très intéressant en soi.
 


Pour toutes ces raisons, vous avez maintenant compris pourquoi je déteste entendre cette phrase « moi, je suis un bébé blog, de toute façon je ne blogue pas pour les statistiques ». Il y a d’autres phrases qui me hérissent le poil dès que je les lis sur des blogs ou les réseaux sociaux. Je pense même que je vous en ferai un petit sujet d’article, qui peut à la fois être drôle et un peu râleur.

Et vous, quel est votre avis à propos de cette fameuse phrase ?


*article initialement écrit pour le webzine The Checkpoint en janvier 2016 et mise à jour à avril 2017 sur ce blog. Le Checkpoint ayant fermé ses portes, les auteurs ont été autorisé à récupérer leur écrit. J'ai donc pris la décision de remettre à jour mes réflexion sur la blogo.