De l'autre côté de la frontière 

Certains d'autres vous le savent déjà mais j'ai vécu pendant deux ans en Belgique à Bruxelles puis quelque temps à Lille dans le nord de la France. Ces années m'ont laissées de jolis souvenirs. Aujourd'hui, je vais revenir sur cette aventure en quelques points.



1. Petite et grande différences linguistiques

Non, mais c'est vraiment bête mais je n'y avais pas vraiment pensé avant d'arriver à Bruxelles: la Belgique est trilingue. On y parle bien sûr français mais aussi néerlandais et allemand. En fait, je le savais mais quand j'ai obtenu mon stage, je me suis dit : "c'est parfait, il y a n'aura pas trop de différences car on parle français". Mais en arrivant là-bas, tout m'est revenue en pleine face surtout que 4 collègues sur 5 dans mon institut étaient néerlandophones. Et quand on a étudié l'anglais et l'espagnol, le néerlandais n'est pas évident. 
J'ai eu beaucoup de chance car mes collègues ont tous été bienveillants avec moi. On parlait français et ils parlaient néerlandais quand ils en avaient besoin. J'ai fais des réunions entièrement en néerlandais et je dois dire qu'après quelques temps je pouvais comprendre certains passages. Je ne comprends pas en détails mais en général. Par contre, je peux dire que j'étais imparable sur le néerlandais du métro et de la gare du midi, comme toutes les annonces sont traduites, je finis par choper des mots. Cette différence linguistique ne m'a pas gênée, mais je me suis rendue compte qu'elle occupait une grande place dans le pays. Il y a des postes ouverts aux francophones et d'autres aux néerlandophones. . 

La difficulté en fait s'est révélée être le français car il y a de légères différences qui entraînent des situations d’incompréhension. J'ai mis un an à me faire à "septante" et à "nonante". Mais il y aussi des différences dans la signification des mots. Par exemple avec les essuies, les torchons et les serviettes, ça a créé des situations assez drôles dans ma colocation.
Mon premier jour de travail, on m'avait de demander de chercher un truc précis dans la farde. Je me souviens que je ne voulais pas passer pour une inculte alors j'ai répondu "oui pas de problème" et puis je suis allée vérifier ce que signifiait ce mot sur internet. Quelle surprise quand j'ai découvert qu'il fallait que je cherche dans un classeur. Il y a aussi l'épisode du numéro de gms, on me l'a demandé à mon premier jour. Non mais franchement je me suis sentie un peu bête car je ne savais pas qu'on parlait de mon téléphone portable.
C'est vraiment drôle comme une légère différence peut tout changer et on se sent perdu.

Je me suis aussi rendue compte que je parlais en français avec beaucoup d'expressions qui ne sont pas forcément les mêmes partout dans le monde de la francophonie. J'ai aussi appris que les belges parlent avec beaucoup de mots anglais, ce qui apportent aussi son lot de situations cocasses.


 2. les spécialités belges

Parlons cuisine! En Belgique, je n'étais pas vraiment perdue culinairement parlant surtout que le supermarché le plus près de chez moi était un carrefour. 
J'ai quand même réussi à choquer mes collègues en leur disant que je n'avais pas mangé de frites depuis deux ans. Bah, leur réaction a été directe, j'ai eu droit à un tour à la friterie. Mais pour ma défense, je n'ai jamais vraiment trop aimé les frites au plaisir de mes parents.

Si j'avais encore du mal avec les frites en Belgique, j'en ai jamais autant mangé. Et je suis même allée au musée de la frite à Bruges. Mais je me suis faite très vite à d'autres spécialités comme le chocolat, le spéculoos, les gaufres et la bière. 
Déjà j'aime beaucoup le chocolat, mais j'ai été impressionné par la taille du rayon chocolat dans les supermarchés belges. Mais le saint Graal c'est quand un de mes colocataires m'a révélé son bon plan Neuhaus car il faut savoir que ça coûte cher le bon chocolat. Mon colocataire m'a donné l'adresse du magasin d'usine Neuhaus à la toute fin du métro Erasme où tu peux acheter du chocolat pour 10€ le kilo et où tu peux tout goûter. Ce magasin était le paradis, on y allait souvent entre stagiaires après le travail pour faire le plein et ravir notre famille.
Pour la bière, j'en ai jamais autant bu que là-bas. Venant de régions viticoles, j'avais plus l'habitude de boire du vin. La Belgique m'a appris le plaisir de la bière. 
Pour les gaufres, je dois dire que j'avais une nette préférence pour celle de chez Meert à Lille. Faut dire que je vivais dans la rue de la pâtisserie, alors la tentation était très grande.

Sinon, il y avait des différences de produits au supermarché. J'aimerais tant trouver en France la sauce à l'ananas, la sauce Hawaï - car tout ce qui est à base d'ananas est nommé Hawaï en Belgique, va savoir pourquoi.
Puis, il y a un truc que je n'ai jamais compris: le jus d'orange 100% pur jus à base de concentré. Je passais un temps fou à chercher un jus avec seulement écrit 100% pur jus, alors j'ai fini par acheter des oranges à presser.

Il y a un autre truc que j'ai retenu de la Belgique: le repas tartine. J'avais énormément de collègues qui mangeait des tartines le midi et qui avait leur boîte à tartines. C'est un truc que je fais souvent maintenant et j'ai même ma boîte à tartine Lego ou Parlement Européen. 

3. La neige et le froid

Là ça va peut être vous paraître cliché mais je n'étais pas vraiment préparée. Je n'avais pas subi des températures aux alentours de -10°C depuis longtemps. En Belgique et à Lille, j'ai dû investir dans de véritables gants et j'ai ressorti un accessoire que j'avais oublié depuis longtemps, le bonnet. J'ai acheté de jolis gants dans une boutique de  la galerie de la Reine. J'en suis très fière et maintenant ils sont toujours avec moi en hivers.

Puis, j'ai adoré revoir la neige et pouvoir m'amuser avec. Par contre, le jour où ça a coupé la caténaire du train et que je me suis retrouver bloquée, ça était moins drôle.

Et l'hiver, ce n'est qu'un temps. Il ne fait pas si froid en Belgique ou dans le Nord. Je me souviens de très belles journées au parc du cinquantenaire à pique-niquer entre amis.

4. J'ai été navetteuse

C'est très étonnant au début mais j'avais beaucoup de collègues qui ne vivaient pas à Bruxelles et qui faisaient le déplacement tous les jours en train. C'est en Belgique que j'ai appris le mot navetteur, celui qui fait la navette tous les jours. Au départ, j'étais très surprise, je me disais que c'était fou de traverser le pays mais après en raisonnant à l'échelle de Belgique où les principales grandes villes sont toutes à 1 heure de Bruxelles en train, j'ai réalisé que finalement ce n'était pas impossible voir normale. Ils avaient leur vie de famille dans une ville et leur travail dans une autre, rien de très étonnant en fait.

J'ai fini par être une navetteuse moi-même, plus précisément j'étais une TGViste. A la fin de mon stage à Bruxelles, j'ai eu deux incroyables propositions en même temps: enter dans un master qui m'avait toujours fait rêver et une proposition de contrat. J'en ai parlé à ma chef et là elle m'a fait une autre proposition incroyable: un contrat à mi-temps car elle était très intéressée par les enseignements de mon master. Me voilà donc une étudiante salariée, mais ce que vous ne savez pas est que ma fac était à Paris et mon travail en Belgique. J'ai donc fait le choix de vivre à Lille et de prendre tous les jours le train, tantôt pour l'université, tantôt pour le travail. Cette année a été très fatigante mais aussi très enrichissante. J'ai beaucoup appris et fait de belles rencontres

Le truc drôle, c'est que tous les jours je prenais l'Eurostar entre Bruxelles et Lille mais je n'ai jamais poursuit jusqu'à Londres. Mais cette ville est sur ma liste de voyage.



5. L'Europe

L'Europe, c'est souvent flou! Mais quand on travaille dans le quartier européen à Bruxelles, ça devient tout de suite plus concret. Je ne m'étais jamais vraiment sentie européenne avant de déménager à Bruxelles. Cette ville est une mini-europe, on peut y côtoyer de nombreuses nationalités. C'est vraiment très enrichissant. Maintenant, je me sens plus concernée par l'Europe.

S'il y a quelque chose que j'adorais faire chaque année, c'était la fête de l'Europe. Durant cette journée, on peut visiter toutes les institutions européennes. C'est une grande fête où l'on apprend beaucoup et où l'on partage beaucoup. Et c'est fou, le nombre de goodies que ces institution te donnent. Maintenant que j'ai quitté Bruxelles, je continue à célébrer cette fête car elle a lieu partout même si c'est à moindre échelle.

6. Les anti-français

Il y a quelque chose que j'aurais préféré ne pas vivre en Belgique: les anti-français. Nan, mais franchement moi je pensais que la guéguerre Wallon-Français n'était qu'un mythe ou alors seulement basée sur les blagues. Mais, non pour certains c'est plus extrême et voir encore plus caricatural que dans le film Rien à déclarer.

Dans ma colocation, il y a une personne stupide qui m'a accueilli en me disant "quand j'étais petit, j'en ai bavé alors c'est toi qui va en baver maintenant". Je me demandais ce qu'il sous-entendait mais j'ai vite compris quand il a commencé à me rabaisser et à se moquer de moi parce que j'étais française de France. C'était surréaliste. Au début, je n'y prêtais à pas attention mais ça à finit par me blesser. Surtout qu'au travail, j'avais également une collègue qui mettait beaucoup de choses sur le dos des français. Je n'étais pas préparé à cette discrimination primaire concernant ma nationalité. Il fallait sans cesse que j'explique à mon interlocuteur que j'étais française de France, car apparemment la signification n'est pas la même pour un wallon ou pour un flamand.

Mais bon, il y a des gens bêtes partout et je suppose que ce genre de pratique et de discrimination identitaire ont également lieux de l'autre côté de la frontière. Je regrette vraiment que certaines mentalités n'ont pas évoluées. Heureusement que ces gens-là sont minoritaires et que j'ai rencontré des personnes vraiment merveilleuses en Belgique ou dans le Nord. 


Finalement, je préfère garder les moments comme le jour où j'ai dévalé mon institut en tyrolienne grâce à l'école militaire qui faisait sa kermesse ou comme quand j'ai réussi à manger le burger géant. Ah, j'en ai vécu des choses en Belgique et dans le Nord, vraiment de très belles choses: la visite de la Belgique avec le Rail Pass, la fête du chocolat à Bruges, la mer du Nord, la gare d'Anvers qui est magnifique, la visite des serres royales, marcher dans le vieux Lille, aller chercher un merveilleux à la pâtisserie, aller à la piscine de Tourcoing-les-bains, sortir à la gare Saint-sauveur, ....

En tout cas, je garde de très bons souvenirs de ma vie là-bas et des fois cela me manque. J'ai toujours plaisir à y retourner. Je regarde encore les offres de travail , parce qu'on ne sait jamais... Mais j’aimerais bien y retourner. 


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