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Quand j'étais Canadienne...

Au pays du castor 

Il y a quinze jours j'avais écrit un article qui contait quelques tranches de vie quand j'étais en Belgique et dans la Nord de la France, cette fois-ci j'ai voulu m'intéresser au deuxième pays où j'ai vécu temporairement: le Canada. J'y suis allée 5 mois pour un stage à l'été 2012 et j'ai conclu ce voyage par un road trip de trois semaines avec mon copain totalement coupé du monde. 

C’est ma plus courte expatriation mais c'est celle qui m'a le plus marquée. Alors revue de ce voyage en quelques point...


1. Petites et grandes différences linguistiques

Plus qu'en Belgique, les différences linguistiques sont bien présentes au Canada. Deux langues dans un même pays, l'anglais et le français. Et ce dernier est vraiment différent.
J'ai en souvenirs des expressions farfelues à propos de caribous et quelques incompréhensions absurdes. Un jour, je souhaitais emprunter la carte d'entreprise qui me permettait de visiter les musées et sites historiques gratuitement - c'est cool ça. Je suis allée voir ma collègue en charge de ce sésame. Elle m'a demandé la périodicité souhaitée et j'ai répondu le weekend. Elle m'a répondu "ok pour la fin de semaine", et j'ai bêtement répondu "non, juste le weekend, j'en ai pas besoin vendredi". Elle est restée en peu perplexe et moi aussi d'ailleurs. C'est là que je me suis rendue compte qu'on utilisait vraiment beaucoup de mots anglais dans notre langage français. C'était stupide parce que c'est la même chose, weekend signifie littéralement  fin de semaine, mais dans mon esprit français j'ai englobé dans la fin de semaine le vendredi parce que c'est ce que cela sous-entend en France. Il m'est arrivée d'autres cocasseries de ce genre aussi bien avec mes collègues anglophones que québécois.

Ma situation au Canada était un peu spéciale parce que je vivais à Ottawa, la capitale fédérale du pays. La ville se situe au Nord de l'Ontario à la limite du Québec. Au Sud de la rivière des Outaouais - frontière géographique entre les deux états - s'étend la ville d'Ottawa et au Nord de la rivière la ville de Hull et le Québec. Seuls quelques ponts séparent et relient les deux états, mais en fait il n'y a pas vraiment de grandes différences. Les deux parties sont totalement imbriquées et forment une capitale cosmopolite et très vivante. On passe d'un côté comme de l'autre suivant les activités et il y a un grand respect pour chacune des identités. C'est un peu difficile à expliquer mais pour moi, la partie québecoise d'Hull faisait partie intégrante de la ville d'Ottawa, alors qu'en fait c'est un autre état. 

Alors Ottawa est vraiment la ville où presque tout le monde est bilingue et changent de langues avec aisance. C'est dans cette ville que j'ai commencé à avoir mon déclic pour l'anglais, j'étais fascinée par cette capacité à changer de langue. Mais ce n'est pas ici que j'ai appris l'anglais justement à cause de cette faculté. Puisque je parlais mal anglais, la grande majorité de mes interlocuteurs changeaient de langue pour me parler français. C'était une belle initiative pour me permettre de communiquer et de participer aux conservations mais ça ne m'a pas permis de progresser. Pourtant je me sentais à l'aise de cet environnement et j'ai commencé à me lancer en anglais parce que je savais que je pourrais me rattraper en français si quelqu'un ne me comprenait pas. 

Aujourd'hui, il me reste quelques tics de langage qui prouvent que j'ai vécu au Canada, bien plus que des tics de langage belge d'ailleurs. Je vais toujours parquer et barrer mon vélo, et mon copain a toujours le pouce vert. Ces expressions sont bien ancrées dans mon esprit, elles sortent toute seule quand je parle.


2. J'ai appris à manger autrement

L'expatriation en Europe est beaucoup plus facile sur le point gastronomique parce que plus uniformisée. Il n'est pas rare en Europe de retrouver les mêmes produits dans les supermarchés, qui sont d'ailleurs souvent des chaînes européennes - merci Carrefour ou Auchan! 

Mais en Amérique du Nord, la situation est totalement différentes: de nouvelles marques, de nouveaux produits, de nouveaux supermarchés... et surtout une nouvelle manière de consommer parce que les habitudes sont différentes. 
Mes premières semaines au supermarché ont été difficiles. Il fallait apprendre à se repérer et à apprendre à consommer différemment. Bienvenue au lait en sac, à la margarine format vraiment familiale de 5 kg, aux jus de fruits en bidon, au beurre de cacahuète de 3 kg, à la baguette plus que moyenne, aux 150 parfums de crèmes glacée, aux œufs classés par tailles et couleurs... 

Les légumes que je consommais le plus étaient hors de prix: courgette, poivron, aubergines. J'ai donc appris à manger autre chose: chou-fleurs, épis de maïs, courges en tout genre, patates douces roses ou violettes, ... 
Fini aussi le plat traditionnel d'étudiant fauché, les célèbres pâtes au beurre et au gruyère. Le fromage est un luxe au Canada, les prix font froid dans le dos.

Mais j'ai fini par craquer. Je me suis fait livrer un colis de survie spécial nourriture française - bien que ça soit illégale de faire entrer du foie gras, du saucisson et du fromage au lait cru . Mais c'est fou le nombre d'européens qui prennent le risque afin de retrouver un petit bout de chez soi ici.

Et il y a aussi le moment des magasins d'alimentation étrangère, parce que cette fois-ci c'est vôtre manière de consommer et vos produits qui sont étrangers. Alors vous allez à l'épicerie européenne, italienne ou portugaise pour retrouver vos produits chéris - c'est dommage mais il n'y a pas d'épicerie française. Peu importe que ça soit un peu plus cher, vous êtes prêt à payer pour manger ce que vous connaissez comme un petit plaisir personnel. A Ottawa, c'est rendez-vous à l'épicerie italienne Bodega en plein centre. Le paradis de l'exilé en manque!

Enfin, il y a quelque chose qui a vraiment changé chez moi au Canada: mon rapport à la "junk food", burger et compagnie. Je ne mangeais pas vraiment ce genre de nourriture en Europe parce que je ne trouve pas ça bon. Mais au Canada, c'est différent. Il y a une grande culture de la viande, du barbecue et du street food. J'ai jamais mangé un burger  aussi bon qu'au Canada.
Mais désolé parce que j'ai vraiment pas aimé la poutine.
Depuis, avec mon copain, on se fait des soirées burgers, nourriture de pub et barbecue bien garnis. J'ai ramené avec moi plusieurs recettes et le plaisir de manger avec les mains. Bienvenue aux ribs, aux frites de patates douces et autres petites choses grillées.



3. J'étais une sportive de plein air

Randonnée, vélo, canoé et autres activités de plein air sont vraiment les loisirs que je préfère. Alors au Canada, j'étais servie. 

La ville d'Ottawa est vraiment bien pour toutes ces activités. Elle propose un nombre incroyable de promenade cyclable et chaque dimanche en été, elle ferme des grands axes routiers pour les donner aux cyclistes et autres petites roues. Le réseau cycliste était tellement bien que j'allais au travail en vélo tous le jours. Je faisais  mes 9 kilomètres de vélo tous les jours sans broncher. J'y prenais même beaucoup de plaisir. Je faisais donc du sport quotidiennement et j'aimais ça. Maintenant, je vais toujours au travail en vélo. Quand je pars dans un nouveau pays en mission, l'une des premières choses que j'achète sur place est un vélo.

J'ai également fait de nombreuses sorties randonnées, campings et canoés. Les nombreux parcs étaient de vrais terrains de jeu, tous plus magnifiques les uns que les autres. J'ai aimé toutes ces découvertes et ce côté nature. Mes journées shopping se sont souvent déroulées dans les magasins d'activités de plein-air et de camping. Je suis revenue avec énormément d'affaires dédiées à toutes ces activités et j'ai même pris mon vélo canadien avec moi dans l'avion - merci à la compagnie qui accepte 20kg d'affaires de sports et de camping gratuitement.


Rentrée en France, j'aime retrouver ces instants naturels et sportifs. C'est notamment pour cette raison, que je pars en randonnée dans les Pyrénéens cet été.



4. J'ai appris à "sauver" de l'argent et la solidarité canadienne

Mon installation au Canada s'est vraiment passée dans les meilleures conditions. De nombreuses personnes m'ont aidé aussi bien à petites qu'à grandes échelles. L'une des premières questions que l'on m'a posé en arrivant au travail a été "de quoi as-tu besoin?.
On m'a permise d'emprunter de la vaisselle à la cuisine du travail pour meubler ma chambre à l'université. Des collègues m'ont prêté des draps, un oreiller, des cintres. Une phrase revenait souvent :"tu ne vas pas acheter ça pour 5 mois, on va te prêter ça. Il vaut mieux que tu sauves de l'argent". Un joli anglicisme que j'utilise encore dans mon vocabulaire.

J'ai remarqué qu'il y avait une très grande culture du solidaire et du partage au Canada. Et je m'y retrouvais beaucoup. Par exemple, dans mon immeuble, il y avait une table dans le hall où les gens laissaient les affaires dont ils n'avaient plus besoin. J'ai trouvé pas mal de choses sur cette table: des vêtements, un seau pour le ménage, des allumettes, des livres d'anglais, des produits d'entretien et même du maquillage.... Lors que j'ai moi-même déménagé j'ai laissé sur cette table les choses que je ne pouvais pas prendre avec moi. 
J'ai beaucoup aimé cette philosophie de recyclage et de partage.

J'ai également un second exemple qui prouve que les canadiens ont une belle mentalité tournée vers la solidarité. Un jour, le pneu arrière de mon vélo a crevé en plein milieu d'un piste cyclable perdue à 4 kilomètre de mon appartement. Une personne s'est arrêtée pour m'aider. Après quelques minutes de discussion et le constat que mon problème est plus grave qu'une petite crevaison de chambre à air. Il m'a accompagné jusqu'à la centrale de bus située à 700 mètre, à chercher sur son téléphone le magasin de réparation le plus proche et ce qui m'a le plus étonné il m'a donné de l'argent pour le bus. Il m'a donné 5 dollar CDN alors que le bus ne coutaît 3.50 mais il voulait être sûr que je puisse rentrer chez moi.
Ce geste m'a vraiment touché et m'a fait réfléchir sur la façon dont la plupart des gens se comportent aujourd'hui.

Mais je pourrais également citer d'autres petits gestes de partage qui font du bien. Je n'ai jamais ressenti autant de solidarité qu'au Canada. C'est une façon de vivre et des comportements qui me plaisent beaucoup et que j'essaie d'appliquer le plus souvent possible dans mon quotidien.

5. J'ai fait du calcul mental à chaque achat

C'est la chose qui m'a le plus énervée au Canade: le prix sans taxes. Le prix affiché n'est donc jamais celui que vous allez payer. La seule chose que je savais, c'est que j'allais payer plus mais jamais combien exactement. C'est une chose déstabilisante au début quand on vient d'un pays où tout est écrit avec "taxes comprises". Lors de mon premier passage en caisse, j'ai cru à une erreur mais les canadiens sont habitués à cette situation. Le caissier m'a donc prévenu gentiment. Après, ça était une gymnastique mentale pour essayer de calculer combien j'allais payer.
Le pire endroit du sans taxe, c'est les bars et les restaurants où en plus d'avoir une facture sans taxe, elle est sans tips aussi donc on doit rajouter les taxes et le pourboire, soit à peu près 30% du prix initial.


6. J'ai appris le confort vestimentaire

Il y a un avant et après Canada dans ma manière de me vêtir. Le côté confort est vraiment présent au Canada et c'est quelque chose dont je n'avais pas l'habitude. Par exemple, au début de mon séjour, j'allais au travail en vélo avec mes habits de la journée: en robe, en jupe, en chaussure à talons, ... Cela surprenait beaucoup de mes collègues car beaucoup de cyclistes ont une tenue de vélo et se changent dans les vestiaires au travail. Alors au fur et à mesure de mon séjour, j'ai commencé à changer. J'avais une tenue pour le vélo, un short en jean et un débardeur, et je me changeais au travail. C'est quelque chose que je n'aurais sûrement pas fait en France. J'ai même appris à rouler avec mon ciré rose sans honte. En France, je n'osais pas le sortir de peur que les gens trouvent ça moche. Au Canada, mes collègues l'ont adoré. Alors aujourd'hui, je l'utilise dès qu'il pleut.

En fait, qu'est-ce qui a changé au Canada pour moi: le regard des autres. J'ai appris à ne plus en avoir peur. Et puis j'ai aussi appris à m'habiller en fonction des saisons et du temps parce que là bas ça compte vraiment. En France, à Bordeaux, il y a peu de différences entre mes vêtements d'été et mes vêtements d'hivers. J'utilise mes robes pour chaque saison, je les agrémente juste en fonction. Au Canada, les saisons sont plus tranchées donc je devais mieux m'adapter. 

J'ai aujourd'hui gardé cette habitude et  je n'ai plus peur du regard des autres.
  

J'ai vécu et appris tant d'autres choses au Canada comme être fier de son pays, de sa nationalité, s'accorder du temps, poursuivre ses rêves, croire en ses capacités et bien d'autres jolies choses.
Cette expérience m'a vraiment  plu et m'a transformée. Là-bas, j'avais l'impression d'être à ma place. J'aimais vivre dans ce pays et les possibilités qu'il offrait. Si un jour, j'ai la chance d'y retourner, ça sera avec grand plaisir. Les portes ne sont jamais fermées.


Mes autres expatriations:

10 commentaires

  1. Article super sympa à lire, j'ai beaucoup aimé :)

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  2. Juste une pensée après la lecture de ton article : JE VEUX Y ALLER. Ça va ravir mon roux qui m'en parle souvent hihi.
    Bisous ♥

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    1. Y aller, pour voyager ou pour y vivre? C'est différents. Mais dans les deux cas, c'est une super aventure. Mais attention, on a parfois le mal du pays car c'est loin quand même. J'aimerais y retourner et c'est moi qui ai convaincu mon homme. Il n'est pas contre l'idée d'aller vivre là-bas.
      :D

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  3. Tu as l'air d'avoir un très joli parcours! : )

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    1. J'ai pas mal bougé, c'est mon métier qui veut ça. Mais j'adore cette vie. Je rêve de vivre dans beaucoup de pays.

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  4. J'ai adoré ton article !
    Je suis moi aussi partie au Canada, à Montréal. J'y ai vécu pendant 6 mois pendant mon Master 2. Ca a été une expérience inoubliable et je suis d'ailleurs très nostalgique quand j'y repense ou quand je lis des articles sur le Canada. Je rêve d'y retourner !
    Ce qui m'a vraiment dépaysée c'est la première fois que je me suis rendue dans un supermarché. Avec ma coloc, on avait l'impression d'être dans un autre monde.
    C'est vrai aussi qu'on fait pas mal de calcul mental surtout dans les resto et les bars.
    En tout cas ton article m'a fait sourire car on a plein d'anecdotes similaires sauf que moi j'adore la poutine ! :)
    Bisous !

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    1. La poutine, je dis non. J'ai vraiment pas réussi à m'y faire. Mais un grand oui à la queue de castor, aux frites de patates douces et au beurre d'érable.
      J'aimerais tellement y retourner
      Bisou

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  5. J'y vis et je continue à être agréablement surprise de la gentillesse des gens...

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    1. C'est une chose qui m'a fortement frappée en fait et qui m'a aussi changé. :D
      Belle continuation au pays du castor.
      Tu vis dans quel coin?

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Merci pour ton joli petit mot! Profite bien ce qu'il y a autour de toi...
♥ ♥ ♥ ♥

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