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Etre français à l'étranger, c'est...

You're "so French!" 

Depuis deux jours mes articles tournent autour du 14 juillet, notre fête nationale française, et puis je vous raconte aussi quelques tranches de vies durant mes expatriations avec mes articles Quand j'étais... Ces différents articles m'ont amené à repenser à quelque chose de plus important et de plus difficile : la position du français à l'étranger. Le 14 juillet était le jour idéal pour écrire cet article humeur très personnel et vous parler de tout ça.

Partir n'est pas anodin, vous perdez vos repères, vous n'êtes plus chez vous. Vous devez apprendre à vivre autrement mais avec vos habitudes, vos automatismes, votre expérience. Aujourd'hui, à travers mes expériences de vies dans trois pays, je vais raconter ce que peut être "un français à l'étranger" pour moi, pour les autres et pour l'état.

Note bene: cet article reflète mon opinion personnelle, il repose sur des expériences que j'ai réellement vécue. Vous pouvez ne pas être d'accord avec ce qui est dit, néanmoins vous devez respecter cet opinion.


Vous commencez à savoir que j'ai vécu trois expatriations pour mon travail plus ou moins longues: près de deux ans en Belgique, 5 mois au Canada et 1 an en Italie. J'ai donc été chaque fois "une française à l'étranger". Je ne sais pas ce que l'avenir me réserve, si je vais repartir ou non, mais en tout cas je serais ravie de vivre une nouvelle expérience. 

Pourtant la seule fois où j'ai réellement eu le statut de "français à l'étranger" est en Italie, parce que j'en ai fait la demande auprès de l'ambassade de France. Je me suis inscrite sur le registre des français à l'étranger pour faciliter mon insertion en Italie et pour entrer en contact avec d'autres expatriés. Cette inscription n'est pas obligatoire mais elle apporte quelques avantages - surtout administratifs - et permet d'être informésde certains événements. Et puis, elle vous donne le droit de vote. Vous allez quand même pas rentrée en France pour chaque élection. 

Mais aujourd'hui, j'aimerais surtout aborder les autres aspects "du français à l'étranger", ceux de l'affectif, du ressenti et des clichés parce que nous avons tous des clichés en tête.
Et vous n'y échapperez pas en vivant en l'étranger. Cela peut être plutôt valorisant mais cela peut être aussi tout le contraire, vous déstabiliser et vous blessez. Au regard de mes expériences, j'ai déjà été très fière d'être française, mais j'ai aussi eu honte de ma nationalité, je l'ai même regrettée ou cachée à certaines occasions. Pourquoi? Tout dépend de ce que votre interlocuteur vous dit, de la manière dont il agit avec vous et de la façon dont vous réagissez.


Excuse-moi d'être française

J'ai déjà parler dans mon article sur la Belgique de ma rencontre avec quelques anti-français primaires. Durant mon séjour plusieurs personnes m'ont mené la vie dure simplement parce que j'étais française, cela allait de la petit blague à la critique constante du travail sous simple prétexte que j'étais française. Vous savez une petite blague par-ci par-là pourquoi pas, mais la même rengaine tous les jours, cela finit par être épuisant surtout quand on a rien demandé. Je devais tous les jours justifier "d'être française de France" et j'ai même fini par m'en excuser. C'est là que j'ai pris conscience qu'il y avait un problème et que cela ne venait pas de moi. Pourquoi devrais-je m'excuser d'être française? C'est ma nationalité, je suis née en France et c'est comme ça. 

La Belgique n'est pas le seul pays où j'ai rencontré ce problème, cela a lieu aussi dans les autres pays de la Francophonie à moindre échelle, mais c'est le pays qui sacralise le plus ce problème. J'étais plus acceptée par les Flamands que par les Wallons, alors que normalement cela devrait être plus facile pour moi de partager avec les francophones parce que nous parlons la même langue. Mais il semble que certaines blessures ou stupides habitudes de guéguerre persistent. 

Je n'étais pas préparée ça. Quand je suis arrivée, j'ai compris rapidement le malaise que pouvait créer ma nationalité. Il y a en Belgique cet aspect du français qui vient faire ces études et vole la plus des autres. Mêlé au cliché sur la prétention des français - car oui, c'est bien connu les français sont les êtres les plus prétentieux du monde - ça engendre beaucoup de rancœur et de stupidité chez certaines personnes.
En Belgique, j'ai souvent été "l'autre qui venait de France", c'est une position plutôt négative quand on vous le balance directement. 

Mais rassurez-vous j'ai quand même vécu plus de belles situations que celles-ci. Alors je garde un bon souvenir de ma vie là-bas comme je l'avais dit dans mon article sur ma vie en Belgique et dans le Nord de la France.



La comparaison n'est pas de la prétention

Au Canada, j'ai moins ressenti ce problème "de l'invasion des français qui fait peur et que l'on charrie ou que l'on déteste" parce que je vivais dans la partie anglophone où les français sont beaucoup moins présents comparé au Québec. J'ai donc eu largement moins de remarques sur ma nationalité. Toutefois, il y a eu quelques incompréhensions et fâcheries. 

C'est arrivé surtout quand je comparais, j'avais lu avant de partir qu'il fallait éviter de faire ça, que ce n'était pas très apprécié. Mais c'est naturel de comparer. En fait, c'était surtout pour comprendre, voir les différences et les analyser. C'est toujours difficile quand on arrive dans un endroit nouveau, nos seuls repères sont ceux qui nous avons toujours connus, ceux que nous avions en France.

Tenter de comprendre le système fédéral et du Commonwealth pour quelqu'un qui vient d'un état national avec élection au souffrage universel n'est pas une mince affaire. J'ai déjà eu extrêmement de mal à comprendre le système Belge - royal, fédéral, séparé en communautés, ... Je ne suis pas sûr de l'avoir très bien compris. Comparer n'est pas une mauvaise chose en soi, mais cela peut être mal interprété surtout si votre interlocuteur pense que vous comparez pour établir une supériorité. 

Encore une fois, c'est le cliché de la prétention des français qui peut faire que la conversation tourne à l’engueulade sans que vous le demandiez.

Comparer est humain. Alors, je vous conseille de comparer avec parcimonie surtout sans chercher à convaincre que chez vous c'est mieux. Non, ce n'est pas que l'on ne connaît pas ou que l'on ne comprend pas que c'est moins bien. 


Parlons clichés 

Oui, les clichés sur les français, il y en a plein. Ils peuvent être positifs comme négatifs et c'est ce qui vous fera vivre de drôles d'expériences.

Parlons du négatif en premier, comme je l'ai déjà mentionné le cliché sur la prétention est sûrement celui qui nous cause le plus de tord. C'est un stéréotype bien ancré chez les autres qui peut se retourner contre vous rapidement. Il arrive qu'une phrase anodine que vous prononcez soit mal comprise et détournée à cause de ce cliché.

Dans le même style, il y a le chauvinisme. Beaucoup de gens que j'ai rencontré me traiter de patriote parce que je disais que j'aimais le fromage ou que je trouvais la France jolie. Et franchement, c'est très déstabilisant d'entendre ça. Je ne me considère pas comme quelqu'un de patriotique - dans ma tête c'était synonyme d'extrémiste. Après avoir vécue en Amérique du Nord, je peux vous dire que les français ne sont aucunement patriotique. Aimé culturellement ou gastronomiquement son pays n'est pas en soi quelque chose de très patriotique. 
Au Canada durant la fête nationale, je me suis retrouvée à un concert qui s'est terminé par la répétition du serment d'allégeance à la Reine et au Canada. Des personnes ne me voyant pas répéter le serment avec la main sur le cœur m'ont fortement dévisagée et critiquée, j'ai finis par le faire car l'ambiance était particulière. C'est fou parce que je ne connais même pas la moitié des paroles de la Marseillaise comme la plupart des français. Je suis sûr que s'il y avait un tel exercice en France - juste chanter la Marseillaise à la fin d'un concert - la majorité des gens refuseraient de le faire par inintérêt, manque de conviction et même peur d'être pris pour un ''facho".

Un autre grand cliché est celui du gréviste ou du plaignant. Il est revenu assez souvent celui-ci durant mes expatriations. J'ai rarement peur de me plaindre quand la situation ne va pas. Là, il y a deux écoles, ceux qui trouvent ça normale et justifié, et ceux qui pense que tu te plains parce que tu es français et que c'est dans tes gênes à cause de la Révolution de 1789. Oui, c'est bien connu le français n'est jamais content.
Je dirais que ce cliché est à moitié vrai. Peut-être que les autres nous voient mécontents parce que nous osions dire les choses ou nous battre. Par exemple, après des discussions autour du traitement des stagiaires dans mon ancien travail, je suis la seule à avoir fait remonter des choses auprès de mes supérieurs alors que tout le monde était d'accord mais ne voulait pas créer de problème. Aujourd'hui, les choses ont changé en mieux.


Mais être français a aussi ses avantages qui reposent sur des clichés positifs comme le français et le raffinement, le français et la gastronomie, le français et la culture, ... Et puis il y a l'accent aussi. Ah l'accent français!
Au départ, j'en avais honte parce que je ne parlais pas bien anglais. Mais en fait, c’est tout ce qui fait votre charme. Je ne compte plus combien de fois on m'a dit que mon accent était joli.  On peut reconnaître ma nationalité en une fraction de seconde, mais les gens aiment. C'est fou car c'est un truc qui m'avait toujours complexé.

Au Canada, on me disait souvent que j'étais bien habillée, que l'on savait que j'étais française rien quand regardant mes vêtements. J'étais très contente de ce compliment. Je dois avouer que des fois je ne l'ai pas compris, surtout les jours où je débarquais en short en jeans et en débardeur, ce qui est un peu l'uniforme d'été des canadiennes. Mais bon, appartement dans le choix de mon short - surtout sa longueur appropriée - et de la couleur de mon haut, on voyait encore que j'étais française et ça plaisait.  J'ai eu les mêmes remarques en Italie, sauf avec mon short parce qu'on m'a dit que je faisais anglaise. Enfin, ça fait toujours plaisir quand on nous dit qu'on a du goût vestimentairement parlant.

Mais le goût on l'a aussi dans le palais. Alors, ce n'est pas vrai pour tous les français. Mais ce cliché là, je le revendique même puisque j'adore cuisiner et que la cuisine occupe une très grande place dans ma vie. Alors oui j'aime la cuisine française mais pas que puisque je mange plutôt épicée. Mes autres types de cuisine préférée sont  les cuisine arabes, la cuisine mexicaine, la cuisine créole, la cuisine sud-américaine. J'aime les épices, le soleil et tous ces mélanges.
Si je passe pour la française qui cuisine à l'étranger, c'est parce que c'est le cas. Dans tous les pays où j'ai vécu, je faisais partie de ces gens qui apportent leur gamelle le midi au travail. C'est pour une question de goût mais aussi une question d'économie car le fait maison coûte moins cher. Alors, oui je contribue certainement à mon échelle au cliché du français gastronome, surtout qu'en plus d'être bon j'aime quand c'est beau. Mes amis étrangers me disaient que je mangeais autant avec les yeux qu'avec la bouche. Et c'est sûrement, vrai. 


"So French"

Cette remarque, je l'attendais au moins une fois par jour et sur tout. Mais qu'on l'explique réellement ce que cela signifie. Qu'est-ce que cela veut dire d'être "si français"? Au moindre geste, à la moindre parole, j'entendais cette remarque et souvent pour des choses stupides. 
J'arrivais avec un sandwich le midi, sandwich égale pain, pain égale baguette, baguette égale français, conclusion "you're so French". Il y a une grève des transports en ville, "you're so French" même si c'est pas moi qui fait grève. Tu oses te plaindre de quelque chose, "you're so French". Tu réponds que oui Paris c'est beau comme ville à une question qui t'a été posée, "you're so French". Tu parles d'un fait historique, "you're so French".
Bla, bla, bal, et bien d'autres choses égalent toujours "you're so French

Cette remarque qui m'amusait au début a fini par me blesser. J'ai fini par la trouver négative comme si à chaque fois on remettait ma nationalité en question. Il était hors de question que je m'excuse encore une fois de ma nationalité. Un jour j'ai craqué et j'ai pleuré, j'ai expliqué à mes amis que j'étais blessée d'entendre ça tous les jours. Pour eux, ce n'était qu'un jeu. En leur expliquant que tant de répétitivité m'affectait et me faisait voir ma nationalité comme un problème, ils ont arrêté même si de temps en temps j'ai eu droit à cette petite remarque. Maintenant qu'elle est moins présente, je l'a prends comme un petit clin d’œil affectueux.

Pour mes amis, j'étais la française la plus française qu'ils avaient rencontré parce que je mangeais du fromage, je lisais le journal Le Monde, je cuisinais beaucoup, je rentrais souvent en France ou j'en parlais - mon copain y vivant encore, la France occupe donc une place importante dans ma vie, que quand je revenais de voyage je ramenais des produits pour leur faire découvrir, ...
Alors qu'en France, je suis une française particulière car j'ai vécu à l'étranger ce qui a changé ma mentalité et que je n'ai jamais travaillé pour la France ou en France. Lors d'une demande d'emploi, j'ai même eu droit à la remarque "non, vous n'êtes pas une bonne candidate parce que vous avez un esprit trop international". Il faudrait savoir ce que je suis: une française trop française ou une française trop internationale. 





Au final "être français" à l'étranger est une quelque chose de complexe. La situation est différente dans chaque pays et aussi en fonction de vos interlocuteurs. Même s'il y a des images, des stéréotypes, cela ne sert à rien de vous cacher et de vouloir vous changer. Vous devez accepter les autres comme ils sont, et eux vous accepter comme vous êtes, mais surtout il faut vous accepter vous-même.

Malgré toutes ces clichés et ces situations où je me suis sentie pas à mon aise, je garde de très jolis souvenirs de tous mes voyages, de toutes mes expatriations. Je suis contente d'avoir été, d'être et de sûrement être à nouveau "une française à l'étranger".

L'important est de trouver sa place. Aujourd'hui, je suis bien dans mes baskets de "française à l'esprit international". J'aime vivre à l'étranger sans pour autant renier la France. Je ne pars pas par déception mais pour des opportunités de travail. J'arrive à m'adapter sans exclure mes origines. Je suis aujourd'hui fière d'être française et d'être "so French". 
Je n'ai plus peur et plus honte de dire que je suis française. Je sais que la France a des défauts. Mais toutes mes aventures à l'étranger m'ont aussi fait prendre conscience de ce qu'on a et des qualités de la France. C'est quand même un joli pays. Ce n'est pas tous ces visiteurs étrangers qui vous diront le contraire. Et la France, c'est bien d'autres choses positives aussi.
Cela m'a aussi fait comprendre conscience de la stupidité des clichés et du fait de prendre quelqu'un à parti à cause de sa nationalité. ça ne sert à rien de blesser quelqu'un juste pour faire une petite blague.

Il ne faut pas chercher à se renier et à se cacher. Aujourd'hui, je suis capable de dire que je suis fière de ma nationalité sans penser que quelqu'un va me prendre pour une extrémiste. Je suis ce que je suis, je le vois bien dans mon comportement et mes raisonnement que je suis française, mais je suis aussi très ouverte sur le monde.

Il faut apprendre à faire fi des clichés et des remarques, ne pas penser que c'est mieux ailleurs ou pire chez nous. Chaque situation est particulière, chaque pays est différent. Il faut vivre sa vie comme on l'entend où l'on est...

Aujourd'hui, je suis contente de célébrer la France. Je vous souhaite de passer un bon 14 juillet, de vous amuser et de profiter de ce qu'on a à vous offrir. Donnons un peu d'amour à notre Douce France - le pays de notre enfance.




7 commentaires

  1. Je suis belge - wallonne pour être précise -, je vis en Belgique, je n'ai donc pas vécu ce genre de situation "d'étrangère".. mais par contre je veux bien croire que certains belges soient si désagréables avec les français. J'entends souvent ce genre de réflexions et, franchement, ça ne me plait pas ! :( Mon copain est français, j'oscille donc souvent entre ces deux pays, je fais les navettes tout le temps et lui aussi ! Nos modes de fonctionnement sont bien différents, c'est sûr ! Mais j'essaierai toujours de faire en sorte qu'il se sente chez lui et non pas "étranger" :/
    Merci de partager avec nous cette histoire de vie! Bisous.

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    1. Ce sont les gens comme toi qui feront changer les choses. Il faut arrêter de prendre à parti à cause de la nationalité. La situation "d'étranger" n'est pas toujours évidente à gérer alors si tu te la rabâche sans cesse, c'est déprimant.
      Mais je te rassure, je garde un très bon souvenir de ma vie en Belgique. La discrimination existe mais elle est minoritaire.
      Belle continuation avec ton copain

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  2. J'ai beaucoup aimé ton article et le fait que tu partages ton expériences! Arg et je haaais les clichés.

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    1. Des fois, je me dis que je partage trop. Mais quand un sujet me tient à cœur, je n'hésite pas. Oui, les clichés c'est nul. Mais ça fait partie de la vie de tout expatriés, en bien ou en mal. Il faut apprendre à vivre avec malgré tout.
      Bisou

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  3. Je suis assez d'accord avec toi ! Vivant au Canada (francophone) depuis 2 ans bientôt, je ne me suis jamais sentie aussi française. Voyager renvoi à ses origines, qu'on le veuille ou non. Et j'ai aussi appris à apprécier plus la France, à reconnaître ce qui pouvait me manquer, tout en devenant aussi plus critiques vis-à-vis de certains de nos défauts. Bref, je me sens plus en phase avec mon pays d'origine en l'ayant vu de loin mais aussi en l'ayant observé à travers les yeux d'étrangers :)

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    1. C'est exactement ça, je ne me suis jamais aussi sentie française qu'à l'étranger et tout le monde dit la même chose. Cette distance et surtout le fait d'avoir vécu dans 3 autres pays m'ont beaucoup enrichi mais m'ont aussi fait réfléchir sur mon propre pays, ma propre identitaire. Et aujourd'hui, je suis en accord avec tout ça.

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  4. J'ai beaucoup aimé ton article ( comme toujours )! C'est un sujet qui me touche beaucoup ayant passé quelques mois en Australie et étant potentiellement sur le point de partir à l'ile maurice. Tes conseils me seront certainement très utiles malgré tes mésaventures...
    Gros bisous

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