Les livres de mes angoisses

C'est un problème que j'avais un peu esquissé dans mes articles sur mon orthographe hasardeuse mais dont j'avais parlé lors d'un TAG. Depuis l'enfance, j'ai une peur de la lecture. Vous allez peut-être rire car ne pas comprendre de quoi je parle ou alors vous demandez pourquoi je n'ai pas choisi la facilité dans mes études ou autres. Mais voilà cette peur m'a toujours suivie et elle est encore là, présente tous les jours en moi. Ce n'est pas un sujet facile à aborder tant je sais que dans la blogosphère, la lecture (et même l'écriture) est une passion.

Pour moi, ce n'est pas du tout le cas, la lecture et l'écriture ne sont pas des passions mais des moments difficiles. Parfois même des moments de souffrances. Alors oui, je me suis compliquée la tâche par moi-même en ouvrant un blog (deux en fait) et non une chaîne Youtube. J'ai fait le choix des mots malgré ma peur de la lecture et de son monde. J'ai fais le choix de vous montrer mon orthographe hasardeuse. Cela peut vous paraître assez étrange, je le conçois. 

Je vais tenter aujourd'hui de vous expliquer ma peur. Ceci est un article très personnel, je vous demanderais comme d'habitude de respecter ce qui est écrit et tenter de comprendre avant de juger. Je respecte votre passion de la lecture, alors essayer d'imaginer que cela peut-être très difficile pour d'autres personnes.

Depuis l'enfance, j'ai cette peur en moi et cela ne m'a jamais quitté. Je ne voulais pas entrer au CP car je ne voulais pas apprendre à lire. J'ai toujours été passionnée par l'école mais la lecture et les livres sont mes bêtes noires. Cela n'a pas loupé, je n'ai jamais réussi à parfaitement apprendre à lire et je mesure aujourd'hui les répercussions. Je confonds les lettres, les mots, il me faut 20 minutes pour lire une page et je dois la lire plusieurs fois. Bref, la lecture pour moi n'est pas un long fleuve tranquille.

Il y a certaines anecdotes qui sont ancrées en moi comme des épines, comme des marques qui me rappellent que je n'y arrivais déjà pas. Souvenez-vous à l'école même en primaire, il y avait ces moments où la maîtresse faisait lire un texte par la classe. Chaque élève avait un petit morceau à dire. Dès que ça arrivait le stress montait en moi. Je faisais des calculs pour savoir combien de personnes il y avait avant moi, pour déterminer quel passage j'allais devoir lire à haute voix. Si j'arrivais à identifier le passage, vous imaginez pas combien de fois je le répétais dans ma tête. Je me souviens une fois en CM2, je n'arrivais pas à déchiffrer un mot ANGOISSE. Putain, la prononciation du "g", c'est chiant! Mais je crois que le mot était bien choisi - allez je vois les étudiants en psycho dire que c'était intentionnel! Je ne sais pas, je m'en fous... Mais après ça, je sais que j'ai toujours eu un souffleur parmi mes amis à côté de moi. Quelqu'un pour m'aider quand j'avais un blanc, et hop ni vu, ni connu j'arrivais à lire en public.

Mais ce qui m'a le plus traumatisé en fait, c'est l'incompréhension dans le corps enseignant. Si je voulais en souffleur à mes côtés, c'est que souvent quand je buttais sur un mot ou que je n'arrivais pas à le prononcer, je n'avais pas d'aide de la part des maîtres ou enseignants, mais de l'incompréhension "comment as-tu ton âge tu ne sais pas prononcer ce mot", "comment peux-tu te tromper sur un mot aussi facile". De l'incompréhension car je faisais partie des meilleurs élèves, si ce n'est la première de la classe. Bah oui, voilà je déteste pas l'école, j'ai juste des problèmes pour lire. Le reste, mon raisonnement fonctionnent très bien. Mais bon dans la tête des gens si on a de bonnes notes, on est forcément un rat de bibliothèque. Non moi je suis une éponge à connaissances dotée d'une grande logique, c'est ce qui m'a permis certainement de faire illusion sur mon problème de lecture. 

Personne à part mes amis (donc des enfants) ne s'est vraiment penché sur mon problème. Je vous ai déjà parlé du moment le plus humiliant de ma vie, qui me fait verser des larmes à chaque fois que j'y pense. Ce jour, où incapable de prononcer un mot dans la chanson de Roland, ma professeur d'histoire en 5ème m'a fait me lever devant toute la classe pour me traiter d'analphabète. Oui, le mot était très simple puisqu'il s'agit de "DE", mais voilà avec mon problème de lecture et le stresse, je ne savais plus comment le prononcer. Mais au lieu de tenter de comprendre ce qui n'allait pas, on m'a simplement insulté et humilié. C'est un adulte en plus qui l'a fait, comme quoi ils peuvent vraiment être CONS des fois. Alors que mes amis me comprenaient, aucun de mes profs n'a essayé de le faire.

Après ça s'en était fini de la lecture pour moi. Pourtant j'ai été élevée dans une famille qui aime lire, dans une famille qui ne peut pas s'endormir sans avoir lu quelques lignes. Moi, je me suis toujours sentie à part sur ce point. Peut-être que c'est pour ça que je me suis tournée vers le monde de l'art, du dessin, de la peinture. Cet univers graphique, dont j'ai fais ma passion et mon métier, est la voie que j'ai choisi pour ne plus être confronté aux mots mais à l'image. 

J'ai eu plusieurs phases dans mon histoire à la lecture. Des moments, je n'ai fait aucun efforts en refusant de lire, d'autres où j'ai essayé. Mais bon une seule conclusion s'impose, les livres que j'ai lu en entier se comptent sur les dix doigts de mes mains et ceux que j'ai lu en dehors de l'école, certainement avec un seul doigt. Oui, c'est pas glorieux. Je suis incapable de lire pour le plaisir. Cela ne me détend absolument pas, c'est du stress à l'état pur pour moi. Voilà pourquoi je suis incapable de répondre à la question "quel est ton livre préféré?" dans un TAG. Ma réponse est toujours la même "A l'Ouest rien de nouveau", un livre que j'ai lu en 4ème pour l'école et peut-être le seul qui m'a passionné dans ma vie. Ce livre d'une centaine de page est l'un des rares que je garde dans ma bibliothèque, c'est un trophée personnel, celui qui dit qui je ne suis pas analphabète. 


Après au fur-à-mesure du temps, j'ai compris en fait que ce n'était pas une phobie de la lecture mais de la littérature - celle des gros pavés que ma famille dévorait sans problème.
Moi, ces épaisseurs de bouquins sont des choses qui m'ont toujours traumatisées. Je vous jure ça m'angoisse de voir ce nombre de pages. Rentrer dans une bibliothèque m'angoisse également. Je n'ai jamais été le genre d'étudiants qui travaillent à la biblio, non je prenais les livres pour les ramener chez moi. Je ne pouvais pas être dans cet endroits remplis de livres.

Mais vous allez rire quand je vais vous dire que j'ai fait un Bac L donc autrement dit Littérature, mais avec option majeure et mineure en Histoire de l'Art donc plus de 10h dans la semaine (un jour complet en fait) à étudier l'art - ma bouffée d'oxygène, celle où on j'excelle plus que tout. 
J'aurais pu choisir un Bac S, c'est ce que voulait mes profs et ma famille, mais non moi je voulais de l'art, de l'art et encore de l'art. Je ne me voyais pas continuer les études sans avoir ça. J'ai ensuite continué les études jusqu'à obtenir deux masters, donc là encore et toujours des choses à lire. En fait, vous devez en permanence lire dans votre vie. Et là encore avec le monde des blogs, je lis tous les jours. Ce qui me fait dire que plus que la lecture, j'ai une phobie de la littérature. 

A la FNAC, mon rayon préféré est celui de la librairie, c'est là aussi où j'achète le plus de trucs, c'est paradoxal hein! Mais je ne mets jamais les pieds dans les rayons littératures. Je vais aux rayons Arts (une évidence), photo, tourisme et guide de voyage, cuisine et web. Ne me parlez pas des BD ou mangas comme transition à la littérature, j'ai essayé, je n'aime pas ça. 

Du coup, je lis beaucoup, très souvent mais jamais des livres de A à Z. En fait, tous les rayons que j'aime sont ceux des livres que qui ne racontent pas une histoire, qui peuvent se lire de manière décousue et dans le sens qu'on veut. Pas besoin de commencer par le début dans un guide de voyage, je peux directement aller à la ville qui m'intéresse. Je lis donc de manière très fractionnée
Je suis incapable de lire une histoire de A à Z, la seule fois où j'étais sur le point de réussir, en lisant un livre d'Agathe Christie, je suis allée jusqu'à la résolution du crime, mais pas jusqu'à la page finale qui était deux pages plus loin. Je ne sais pas, je me suis peut-être interdit de terminer ce livre. 

Et depuis, je n'ai jamais retenté. Même pas avec le premier livre d'Harry Potter qu'on m'avait offert enfant avant que ça devient un phénomène. J'ai lu la première page et puis le livre a terminé dans la bibliothèque de ma mère. 

Alors oui, j'ai un gros manque culturel au niveau de la littérature. Ce n'est pas évident en société car c'est quelque chose que les personnes comprennent peu. Pourtant voilà, je suis quelqu'un de cultivée. Je ne peux pas vous citer beaucoup d'auteurs ou dire quel est le dernier roman de machin, car ma culture est ailleurs. Je peux vous parler de peinture, d'architecture. Oui, je suis capable de reconnaître toutes les peintures sur les morceaux de sucre et d'identifier le style d'un immeuble. Pouvez-vous en dire autant? 
Mais quand on rencontre les gens, ils vous questionnent plus rapidement sur vos goûts musicaux ou littéraire, qu'en matière de peinture ou architecture. Je me sens toujours nulle car je ne sais pas trop répondre à cette question. Bon c'est comme ça car la la musique ou la lecture vont certainement les deux hobbies les plus accessibles et les plus partagés.

La littérature sera toujours un manque et une angoisse pour moi. Je ne sais pas si un jour, je serais capable de le dépasser. Je ne souhaite pas non plus prendre le défi de lire un livre (de littérature) cette année car je ne sais que je ne le ferais pas. Pourtant, cela ne va pas signifier que je ne vais pas lire. 
Enfin, ce qui m'agace un peu quand je parle de mes problèmes de lecture, c'est que les gens imaginent que puisque je ne lis pas de littérature, je ne lis pas tout court, et puisque je ne lis pas je ne suis pas cultivée.

Je répondrais qu'il y a des tas de manières de lire, ne serait-ce que le journal gratuit du tram ou alors des articles de blogs, c'est déjà très bien pour les angoissés comme moi. 
Oui, la lecture ne sera jamais ce moment de détente et d'évasion pour moi, mais ce n'est pas grave je trouve cela dans d'autres arts, d'autres activités. 


Et vous, quel est vôtre expérience avec les livres et la littérature?